Cioran
vendredi 20 février 2026
Ce blog ne sert à rien
dimanche 1 février 2026
Plus rien désormais ne me résistera
"On devient harmonieux en se laissant gagner par le bonheur d'être heureux."
Bertrand Vergely*
mercredi 17 décembre 2025
Rien n'éclaire celui qui ne se souvient pas de la nuit
jeudi 23 octobre 2025
Nouveau rien d'une pensée vide
Alors évidemment, je tends l’oreille - par crainte,
peut-être, d’être moi-même victime de ce nouveau fléau lexical. Ai-je mal
entendu « malentendance » ? Ou suis-je tout simplement un vieil esprit
conservateur qui ne comprend pas les subtiles évolutions de notre si belle langue ?
J’interroge mon rétro, qui, bien qu'il me reflète, ne me répond pas. Je soupçonne pourtant que ce mot
est bien celui prononcé par notre docteur en studio, et qu’il n’a pas glissé
par mégarde une syllabe de trop.
Ce néologisme, censé sans doute adoucir le diagnostic, me
fait penser à ces périphrases absurdes qui prétendent humaniser le réel tout en
l’aseptisant. On ne dit plus « aveugle », on dit « non-voyant » ; on ne dit
plus « femme de ménage », on dit « technicienne de surface » ; bientôt, on ne
dira plus « mort », mais « personne à durée de vie achevée ». La novlangue n’a
plus seulement pour but de masquer la vérité : elle prétend désormais nous
protéger d’elle, comme si les mots blessants contenaient plus de violence que
les réalités qu’ils désignent.
Et comme si cela ne suffisait pas à ébranler ma foi dans le
langage, je tombe, en zappant sur France Cul’, sur un débat entre une psychanalyste et un neurologue dont la phrase
d’ouverture restera gravée à jamais dans mon cortex auditif : « La
spécialisation permet de… spécialiser! » Voilà qui est dit. Lapidaire, précis,
incontestable. J’en suis resté coi, méditant sur la puissance tautologique de
cette révélation scientifique. Le feu brûle parce qu’il est chaud. La pluie
mouille parce qu’elle est humide. Et la spécialisation… spécialise.
Tu conviendras avec moi, ami lecteur, qu'il y a dans ces petits moments
radiophoniques un enseignement plus profond qu’il n’y paraît. Derrière ces
glissements lexicaux et ces évidences assénées comme des découvertes majeures,
il y a toute une époque qui se raconte. Une époque où le langage ne sert plus à
dire le monde, mais à le dissimuler ; où l’on croit penser alors qu’on ne fait
que répéter ; où l’on enrobe les réalités rugueuses de mots moelleux pour ne
pas avoir à les regarder en face.
C’est peut-être ce qui me dérange le plus : cette illusion
que changer les mots suffit à changer le réel. Comme si dire « malentendance »
rendait la surdité moins douloureuse, ou comme si proclamer que « la
spécialisation spécialise » suffisait à expliquer l’extraordinaire complexité de
l’activité neuronale du cerveau. C’est oublier que les mots sont les outils de
notre pensée : s’ils deviennent mous, notre pensée s’amollit. S’ils deviennent
vides, notre pensée s’évapore.
Je repense alors à cette idée, qui peut sembler paradoxale,
que si le cerveau n’a pas besoin du monde, le monde, lui, n’existe que par le
regard que nous portons sur lui. Autrement dit, notre esprit peut très bien
fonctionner dans sa bulle tautologique, répéter à l’infini des formules creuses
et des euphémismes élégants ; mais sans regard lucide posé sur les choses, sans
mots précis pour les nommer, le monde disparaît sous une brume de bullshit
words. À force d’appeler un chat « petit compagnon félin doté d’un potentiel
ronronnant », on finit par oublier que c’est un animal et qu’il peut griffer.
Peut-être est-ce cela, au fond, le danger de la novlangue
bien-pensante : elle prétend civiliser la pensée alors qu’elle se gorge de barbarismes ; elle
prétend éclairer alors qu’elle assombrit ; elle prétend inclure alors qu’elle
infantilise. Et moi, pauvre malentendant de cette époque malentendante, je
m’interroge : suis-je devenu incapable de comprendre, ou bien est-ce le langage
lui-même qui a cessé de vouloir dire ? Comme l'expression nouvelle du rien d'une pensée vidée de son sens.
Je n’ai pas la réponse, ami lecteur. Mais une chose est sûre
: si un jour un expert vient m’expliquer que « l’intelligence permet
d’intelliger », je crois que je raccrocherai mon transistor et irai converser
avec mon chat. Lui non plus, ne me parle pas, et pourtant il me comprend.
mercredi 17 septembre 2025
Rien
« Rien n'arrive à personne qu'il n'est pas par nature capable de supporter » Marc Aurèle
Il est des moments où rien ne vient, plus l’envie d’écrire, plus rien à dire.
Ou plutôt : trop à dire. Alors surgit ce paradoxe étrange, familier à tous ceux
qui s’essaient à l’écriture - vouloir tout dire et, de ce trop-plein, ne plus
rien dire du tout.
Parfois, ce mot pèse plus qu’un
cri. En cette rentrée 2025, plus envie d’enjamber les nouvelles, plus envie de
commenter, juste le silence, ou presque.
Cette rentrée en France ne
ressemble pas aux autres. Le gouvernement Bayrou s’est effondré, ébranlé par
les défaillances politiques, par les attentes sociales, par ce fossé qui ne
cesse de s’élargir. Des appels à “tout bloquer” se lèvent, citoyens sans
étiquette, mouvements “apartisans”, réseaux sociaux en ébullition, défiant
l’idée même que notre voix soit entendue ou qu’elle puisse changer quelque
chose.
Et au-delà, dans l’air : la
culture en ébullition. Les musées rouvrent des expositions qui promettent des
évasions hors du temps — l’art comme refuge contre le tumulte, comme éclat
fugace dans le gris. Paris regagne ses vernissages, ses rendez-vous, ses
possibles de regard. Comme si, malgré tout, on avait besoin de beauté, ou
simplement de luxe : celui d’une contemplation tranquille.
Mais dans tout ça, je ne trouve
pas les mots. Le “rien” est une enveloppe, un manteau invisibilisé par les
urgences, par les débats, par les cris. Ce rien, je le porte — il me rend sourd
aux slogans, muet aux formules toutes faites.
Peut-être est-ce cela, justement,
qu’il faut accueillir : le rien.
Les Anciens, ces stoïciens dont
la pensée souvent m’accompagne, savaient déjà que la vacuité est parfois la
plus haute forme de lucidité. Marc Aurèle écrivait dans ses Pensées pour
moi-même qu’il ne s’agit pas toujours d’ajouter du bruit au monde, mais
d’apprendre à se taire, à respirer. « Ne te trouble pas, retiens ton souffle »,
disait-il en substance. Dans ce vacarme de rentrée, où chacun commente,
proteste, analyse, prophétise, peut-être que le rien est une résistance.
Ce qui change ? Tout. Ce qui
demeure ? L’ombre d’une lassitude. Parce que quand on voit les manifestants
marcher, les appels se multiplier, les rumeurs de guerre inquiéter, le pouvoir
vaciller, il faudrait un mot fort. Mais tous les mots semblent usés. Même
colère, même peur, même espoir : ils ont déjà été convoqués mille fois pour
rejouer les mêmes scènes.
Et cependant, une petite lumière.
Cette rentrée, pour tous ses orages, cette rentrée me convie au retrait. Non
pas à l’exil, mais au silence. Au regard attentif. Aux jours comme des
cailloux, que l’on ramasse un à un, sans présumer qu’ils formeront une phrase,
ou un message. Ou peut-être rien. Peut-être même que c’est ça, la vérité —
qu’il n’y aura pas de moment spectaculaire, pas de geste qui change tout, mais
mille infimes riens, mille gestes minuscules qui tiennent, qui questionnent,
qui pèsent.
Ce rien n’est pas un vide. C’est
peut-être une chance.
Car c’est dans les interstices,
dans les silences, que s’ouvrent d’autres possibles. Dans un monde saturé de
discours, le rien ressemble à une forme de sobriété. On parle beaucoup de
sobriété énergétique - il faudrait aussi penser à la sobriété verbale. Ne pas
céder à l’injonction de l’urgence de commenter tout, d’avoir un avis sur tout, tout
de suite. Laisser le réel nous traverser avant de le transformer en opinion.
Parce que ce rien est peut-être
le lieu de nos plus justes mots à venir. Si je ne sais plus quoi écrire, c’est
que je suis à l’écoute. D’un monde qui crie, oui - mais aussi qui chancelle. Et
dans cette oscillation, le rien s’élève comme présage.
Alors j’écris quand même. Pas
pour remplir le vide, mais pour le nommer. Pour dire que, oui, la France
s’agite, la planète vacille, les certitudes se renforcent et, avec elles, le
monde s’antagonise, et moi, je doute. Je regarde. Je retiens. Je laisse dans ce
blog des petites traces : une information, un frisson, juste une image.
Rien à dire aujourd’hui, et
pourtant, tant à témoigner.
Et ce rien - il est exactement ce
point de départ. De ce silence, d’ici peu, jailliront peut-être les mots qui
comptent. Les mots vrais. Ceux qu’on écrit parce qu’on ne peut pas faire
autrement.
Alors je reste ici. J’accueille
ce rien.
Et j’attends.
jeudi 17 juillet 2025
Cela commence par presque rien
Il m’arrive de me réveiller avec la sensation étrange que le monde nous est livré comme un produit fini. Les journaux titrent, les influenceurs influencent, les réseaux commentent, les slogans fusent. Et tout semble déjà pensé à ma place.
Mais, persiste en moi, une résistance têtue. Comme un
refus d’adhérer d’instinct, de répéter sans vérifier. Une liberté première,
silencieuse et précieuse : celle de penser le monde.
Non pas penser sur le monde, mais penser avec lui.
L’interroger, le regarder autrement, et, le cas échéant, changer d’angle de vue, en ne prenant pas simplement pour argent comptant ce que l’on me tend comme une
évidence. Cette liberté commence souvent par une mise à distance. Un pas de
côté. Un doute.
Longtemps, j’ai cru que penser consistait à avoir une
opinion. Est-ce si certain ? Penser, c’est suspendre le jugement. C’est
laisser les choses se déplier en nous, avant de leur assigner une place. C’est
résister aux raccourcis confortables, aux réflexes grégaires.
Nos vies sont tissées de représentations. Ce que nous
croyons être juste, normal, désirable, ou, au contraire, haïssable. Ce que nous
appelons réussite, amour, bonheur. Tout cela repose sur des récits que l’on
nous a racontés, et que nous avons, le plus souvent sans en avoir conscience, intégrés. Penser,
c’est revisiter les fondations de ces histoires.
Notre première liberté, c’est celle de décaler le regard.
D’ouvrir une brèche dans l’habitude. D’interrompre la chaîne des évidences.
Mais cette liberté n’est pas donnée une fois pour toutes.
Elle se cultive, se travaille. Elle demande du temps, du silence, de la
disponibilité. Elle suppose aussi le courage de l’inconfort. Penser, vraiment
penser, c’est parfois se faire violence.
Je me surprends parfois à rentrer dans le moule et à
rejoindre la doxa du moment, ou, pour le dire plus simplement, à penser comme
tout le monde. À liker ce qu’il faut, à m’indigner avec les autres, à prendre
position sur ce dont je ne sais rien. C’est humain, sans doute. On veut
appartenir, on veut être du bon côté. Mais ce réflexe grégaire me dérange. Il
fait taire la pensée, il étouffe la liberté.
Alors je me tais. Je lis. Je marche. J’écoute de la musique.
Je laisse la poussière retomber. Et je me demande : qu’est-ce que je pense
vraiment ? Pas ce que je devrais penser, mais ce qui résonne en moi, ce qui
résiste, ce qui cherche encore sa forme.
Si je me suis surpris, souvent, à rejouer des scénarios qui
n’étaient pas les miens, à trop vouloir ce que je croyais vouloir, à agir comme
si. Comme si c’était ainsi qu’il fallait vivre. Comme si la conformité valait
l’adhésion. Et puis un jour, la carapace craque. Et surgit la question simple,
mais vertigineuse : « Et moi, que vois-je vraiment ? Que crois-je ? »
Peut-être, ami lecteur, te demanderas tu ce que cela change,
de penser. À quoi bon, face à l’urgence, aux crises, à l’action nécessaire ? Je
comprends cette question. Mais je crois que penser n’est jamais un luxe. C’est
une condition de notre humanité.
Celui qui ne pense pas ne choisit pas. Il réagit. Il répète.
Il obéit, souvent sans le savoir.
Penser, c’est retrouver la racine de sa liberté. C’est dire : « Je ne suis pas seulement ce que l’on m’a appris à être. Je suis capable d’examiner, de douter, de réinventer. » C’est, comme l’écrivait Camus, « vivre sans appel » : sans dogme, sans absolu, mais avec exigence.
Penser le monde, c’est se réapproprier le regard. C’est
refuser les cases trop étroites, les étiquettes rassurantes. C’est laisser
l’autre exister autrement que dans ce que j’avais projeté sur lui. C’est
apprendre à voir sans nécessairement vouloir classer.
Ce n’est pas confortable. Ce n’est pas toujours gratifiant.
C’est parfois solitaire. C’est souvent même vertigineux. Mais c’est une liberté
qui en rend d’autres possibles.
Car sans cette liberté intérieure, il ne reste que
l’adhésion mimétique, les indignations préfabriquées, les appartenances de
façade. Penser, au contraire, c’est choisir. C’est s’exposer à l’inconnu, à la
nuance, à l’ambivalence.
C’est dire : « Je ne sais pas encore. » Et dans ce « pas
encore », il y a toute la place du vivant.
Alors oui, ma première liberté, ce n’est pas de dire, de
faire ou de croire. C’est d’abord celle de penser. De ne pas avaler le monde
tout cru. De le goûter. De le ruminer. De le remettre en question.
Et parfois, cela commence par presque rien. Un silence. Un
soupir. Une image qui dérange. Une phrase qu’on n’avait jamais entendue comme
ça. Et soudain, une brèche s’ouvre. Une lumière passe.
Et c’est peut-être là que commence, discrètement, une forme
de lucidité. Et avec elle, une manière plus juste, plus humble, plus libre
d’habiter le monde.
samedi 7 juin 2025
Tout ça pour rien
« Il n’y a rien de mauvais dans le changement, si c’est dans la bonne direction » Winston Churchill
Il ne s’agit pas ici de villipender l’homme, mais de dresser le constat brut de ce qu’a été la Macronie : une parenthèse. Elle a prétendu incarner une rupture. Elle n’aura été qu’une transition – et encore, une transition sans atterrissage. Une forme avortée, s'opposant aux populismes de droite et de gauche, de populisme syncrétique, recourant dès 2016 à une rhétorique anti-système, et se revendiquant en même temps de droite et de gauche. Le président n'est pas à un paradoxe près.
Il faut se souvenir.
L’effondrement simultané du PS et des Républicains n’était pas seulement un
accident. C’était un séisme. Macron en a profité, certes, mais il en a aussi
été le symptôme et même, d’une certaine façon, le responsable. L’implosion du
vieux système partisan avait créé un vide, que lui seul semblait capable
d’occuper. Ni vraiment de gauche, ni franchement de droite, il attirait les
élites, les progressistes urbains, les libéraux assumés, les réformateurs
fatigués d’attendre. L’idée était simple : gouverner autrement, faire bouger un
pays sclérosé. C’était pour certains assez séduisant. D'aucuns ont pu y croire. Moi, y compris.
Mais cette promesse était bancale
dès le départ. Car gouverner, en même temps, "de droite et de
gauche", cela exige une ligne claire, un cap cohérent. Or, très vite, la
méthode Macron s’est révélée : faire un peu à droite avec les juppéistes en marchant vers le centre, faire un peu de social-démocratie en jetant un PS totalement déboussolé dans les bras des bolivariens. La fameuse "réinvention" de la politique s’est
réduite à un recyclage bien habillé de vieilles recettes. Le
"en même temps" est devenu un entre-deux flou, où tout le monde finit
par se perdre. Faute de culture du compromis, de pratiques démocratiques
renouvelées, le pouvoir s’est recentré sur le président. Un mode de gouvernance
hyper-centralisé, technocratique, souvent méprisant. Emmanuel Macron, seul dans
l’arène, décida tout, parla pour tous, imposa sa lecture du monde.
Mais on ne gouverne pas un pays
fracturé comme on pilote une start-up et le mythe de la "start-up nation" a vécu. Les résistances n’étaient pas des bugs,
elles étaient le réel. Le mouvement des Gilets Jaunes a explosé en plein vol le
récit du président start-upper. Le peuple en colère n’était pas réformable à
coup de punchlines. Puis est venu le Covid, puis la réforme des retraites. Et à
chaque crise, le même réflexe : verticalité, improvisation, contournement du
débat.
Les français ne sont même pas gréés au pouvoir des milliards d'"argent gratuit" déversés en aides en tous genres pendant la grande pandémie.
Résultat ? Un pays de plus en
plus défiant, une majorité de plus en plus fragile, un président, honni et au
plus bas dans les sondages, de plus en plus seul.
La Macronie n’a pas su ou voulu
se transformer en véritable force politique. Elle a fonctionné comme une bulle
: tout le monde y est entré un peu par intérêt, beaucoup par opportunisme. Des
anciens du PS, des Républicains en rupture, des technocrates sans attaches.
C’est ce conglomérat sans vraie colonne vertébrale qui a tenu le pouvoir huit ans.
Mais au fil du temps, les démissions, les scissions, les trahisons et les
ambitions personnelles ont laissé une coquille vide.
Et au fond, quelle est l’idéologie de la Macronie ? Une forme de social-libéralisme, professant une foi aveugle dans le marché, une obsession de l’efficacité, quite à abuser du recours aux audits de cabinets-conseil qui ne connaissent que très peu les rouages et les contraintes de l'Etat, un goût certain pour le symbole (l’arc républicain, le "grand débat", le Conseil national de la refondation...), mais rien de solide. Pas de projet de société. Pas de vision à long terme. L’écologie ? Rattrapée en catastrophe. L’éducation ? Fragmentée. La justice sociale ? Oubliée. La sécurité ? Longtemps délaissée..
Aujourd’hui, même ses soutiens ne savent plus ce que représente ce courant politique. Et c’est peut-être cela, le plus révélateur : une majorité présidentielle qui n’a jamais été un parti. Juste une plateforme. Une aventure individuelle érigée en doctrine.
Et maintenant ? La question
pendante est simple : que va-t-il rester après Macron ? Ni héritier naturel, ni
relève solide. Des noms circulent – Édouard Philippe, Gabriel Attal, ou même
Gérald Darmanin – mais aucun ne suscite d’enthousiasme populaire. Des technos solides, bien formés, mais pas des leaders
capables de parler au pays.
Pendant ce temps, l’extrême droite prospère. Marine Le Pen, même si on ne peut raisonnablement exclure qu’elle sera empêchée par la justice, n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Elle a pris le temps, lissé son image, et surtout, elle a bénéficié d’un contexte favorable : une gauche divisée, une droite sans leader ni projet, un président déconnecté des attentes des français.
La présidentielle de 2027 s’annonce comme un rendez-vous à quitte ou double. Alors, tout ça pour quoi ? Pour quoi, ce quinquennat reconduit malgré l’impopularité ? Pour quoi, ces réformes au forceps, ces "grandes concertations" sans suite, ces débats parlementaires sabordés ? Pour quoi, cette frénésie de communication, ces grands discours sans lendemain, ces conseils de défense en cascade ? Pour rien. Car rien n’a changé en profondeur. Les fractures sociales, territoriales, générationnelles sont intactes. Le déclassement se poursuit. Le sentiment d’abandon se renforce. Et la défiance envers les institutions atteint des sommets.
On nous avait promis le
dépassement. On a eu l’épuisement. La fatigue démocratique est partout, et la
colère gronde. Non pas la colère spectaculaire, mais une lassitude, une
résignation active, un retrait. Les électeurs ne croient plus aux promesses.
Ils s’apprêtent à voter contre, ou à ne plus voter du tout.
Il reste un mince espoir : que le
vide actuel oblige les forces politiques à se réinventer. Que la gauche sorte de
ses querelles de chapelle pour proposer un projet clair, désirable, concret, débarrassé
des outrances du Mélenchonisme. Malheureusement le résultat intervenu lors de la récente élection
du Premier secrétaire du PS ne va pas dans ce sens…. Que le centre et la droite
se ressaisissent, trouvent un cap, renouent avec une base populaire, en ce dépouillant
des derniers oripeaux du Macronisme finissant. Mais, face aux ambitions personnelles, aux petits calculs politiques et à une droite trop souvent maladroite, rien n’est garanti.
Et c’est là que l’échec de la
Macronie devient tragique. Le Président avait l’occasion, historique, de rebattre les
cartes, de créer une dynamique politique nouvelle, durable, responsable. Il a
préféré gérer, contrôler, verticaliser. Résultat : le champ politique est
encore plus dévasté qu’en 2017.
En tentant d'exclure les partis traditionnels du jeu,
Emmanuel Macron, jetant le bébé avec l'eau du bain, a sorti les idées avec. Il a court-circuité la confrontation
démocratique, au profit d’une gouvernance sans incarnation. Et maintenant, nous
voilà face à l’inconnu, sans repères, sans boussole.
D’ici 2027, tout est possible - y compris le pire. Le scénario d’une victoire de l’extrême droite (car je n'ose, cher lecteur, même pas envisager un mauvais scénario où le leader maximo de pacotille de l'extrême gauche pourrait l'emporter...) n’est plus une provocation, c’est une hypothèse de travail. Et ceux qui, dans le champ républicain, s’y opposent ne disposent plus ni de structures solides, ni de récits mobilisateurs, ni de leadership incontesté. Alors oui, cher lecteur, on peut le dire sans emphase : tout ça pour rien. Après le quinquennat Hollande et les deux quinquennats Macron, c’est plus d’une décennie qui s’est écoulée. Une décennie pour en arriver là. Une décennie perdue à prétendre transformer sans rien changer. À gouverner sans construire. À incarner sans transmettre.
Les petits riens de la Macronie,
ce sont ces gestes vides qui s’empilent : un Grenelle pour pas grand chose, une convention, des réformes avortées, un plan relancé puis oublié. Rien qui reste. Rien qui marque.
Rien qui mobilise.
Et le pire, c’est que ce vide
pourrait accoucher d’un monstre.
mercredi 14 mai 2025
Rien ne m'y avait préparé
Il est des matins où le silence pèse plus lourd que l'absence de bruit. Où la lumière, filtrant à travers les volets, semble révéler davantage les ombres que les formes. Ce matin-là, il y a quelques jours, à peine, le monde était pourtant le même : le café fumait dans la tasse, assise à mes pieds, la chienne réclamait sa caresse matinale, au jardin qui s'éveillait, les oiseaux chantaient leur ritournelle habituelle, et pourtant, quelque chose avait changé.
Je viens d'avoir 63 ans.
Rien ne m'y avait préparé.
Ce n'était pas une surprise, bien sûr. Les années s'égrènent avec une régularité implacable, et chaque anniversaire est une étape autant contrainte qu'attendue. Mais cette fois-ci, le chiffre a une résonance particulière. Il porte en lui une charge émotionnelle, une densité que je n'avais pas anticipée.
À 63 ans, cher lecteur, on est à la croisée des chemins. Plus un jeune bien sûr, mais pas encore un vieux con pourtant. Un entre-deux où le passé pèse d'autant plus que l'avenir, lui, va en s'amenuisant. Les souvenirs affluent, les projets se font plus rares. On commence à compter les années non plus depuis la naissance, mais jusqu'à une échéance tout aussi certaine qu'inconnue.
J'ai atteint un âge sans mode d'emploi. Les manuels de développement personnel s'arrêtent souvent à la cinquantaine, cet âge où, dans le monde du travail, on entre dans la catégorie des "seniors", ceux qui sont considérés comme moins performants, essorés, finissants. Ceux qu'il faut remplacer par des plus jeunes, dont le tour viendra bientôt d'être eux-mêmes évincés. Comme si au-delà d'un certain âge, il n'y avait plus rien à apprendre, plus rien à vivre. Mais la vie, elle, continue, avec ses surprises, ses joies, ses peines. Et l'on se retrouve, un matin, à se demander : "Et maintenant ?"
Les rides se sont installées, discrètes mais tenaces. Les cheveux ont blanchi, les articulations grincent parfois. Mais ce n'est pas le corps qui trahit le plus, c'est l'esprit. Qui nous fait chaque jour un peu plus prendre cette conscience aiguë du temps qui passe, de la finitude de l'existence. Cette lucidité qui peut être à la fois une bénédiction et une malédiction. Cette sagesse - parfois - qui est le fruit de l'expérience d'une vie, et que souvent rejette le monde professionnel.
À 63 ans, on devient le gardien de sa propre mémoire. Je me surprends à te raconter, cher lecteur, des histoires que personne ne m'a demandées de faire revivre, à évoquer des noms dont plus personne à part moi ne se souvient. A convoquer les fantômes de ceux qui ne sont plus. Je mesure chaque jour un peu plus le chemin parcouru, les choix faits, les regrets tus, les remords aussi...
Et puis, il y a cette pensée lancinante : mon père est mort à 64 ans. Il y aura bientôt un quart de siècle. Je m'approche inexorablement de l'âge qu'il avait quand la maladie l'a emporté. Chaque jour qui passe me rapproche de cette frontière invisible qu'il n'a pas franchie. Je vis les jours qu'il n'a pas eus, je porte en moi sa mémoire et son absence. J'appréhende presque de traverser une période de vie qu'il n'a pas eue la chance de vivre.
Tout soudain, j'ai eu 63 ans. Et personne, jamais, ne m'avait dit que ce serait ça.
lundi 28 avril 2025
Rien publié depuis deux mois
Deux mois. Soixante jours. Une éternité à l’échelle d’un blog. Pas un mot, pas une ligne, pas même une ébauche. Ce silence n’était pas prémédité, mais il s’est installé, doucement, sans fracas. Un jour, j’ai pensé : « Je publierai demain. » Puis demain est devenu après-demain, et ainsi de suite. La procrastination, ce mot aux sonorités presque poétiques, a pris ses quartiers, s'est installé et l'envie s'est faite moins pressante.
Mais pourquoi, après plus de quinze ans passés, cette soudaine inertie ? Le manque de temps, peut-être, le défaut d'inspiration, plus surement. Pourtant, le temps, on le trouve toujours pour ce qui nous tient à cœur. Était ce alors un manque d’envie ? Peut-être. Ou une peur sourde, celle de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver les mots justes.
La vérité, c’est que l’écriture, même celle de ces miscellanées, de ces courts textes qui composent ce blog des petits riens, est un acte intime, une mise à nu renouvelée à chaque publication. Chaque mot posé est une part de soi offerte au regard de l’autre. Et parfois, ce regard, même imaginaire, inhibe. On craint le jugement, on redoute l’indifférence. Alors on se tait.
Pourtant, les sujets n'ont pas manqué pendant cette période. L’actualité, les émotions, les rencontres, les souvenirs… Autant de sources d’inspiration. Mais l’inspiration ne suffit pas. Il faut l’élan, cette impulsion qui pousse à s’asseoir et à écrire. Et cet élan, je ne l’avais plus.
Peut-être est-ce le syndrome de l’imposteur qui a frappé à ma porte ? Ce sentiment de ne pas être légitime, de ne pas mériter l’attention. Ou peut-être est-ce simplement la vie, avec ses hauts et ses bas, qui m’a éloigné de l’écriture...
Mais aujourd’hui, je choisis de rompre ce silence. Non pas parce que j’ai retrouvé une source d'inspiration fulgurante, mais parce que je ressens le besoin de renouer avec toi, lecteur fidèle ou de passage. Parce que l’écriture me manque, tout simplement.
Je ne promets pas de publier régulièrement, ni de livrer des textes parfaits. Je m'engage seulement à continuer d'écrire, avec sincérité, au gré de mes envies et de mes humeurs. Parce qu’au fond, c’est cela, l’essence de ce blog : partager des petits riens qui, mis bout à bout, font un tout qui me raconte.
Alors, ami lecteur, merci de ta patience, de ta présence, silencieuse ou exprimée et à très vite, pour de nouveaux partages.
lundi 3 mars 2025
Emplir le rien qui nous entoure
mercredi 19 février 2025
Rien à savoir, rien à démontrer
samedi 18 janvier 2025
Serait-il préférable que rien n'existe ?
Serait-il vraiment préférable que rien n’existe ? Cette interrogation, à première vue déconcertante, m’a traversé récemment l’esprit à plusieurs reprises, notamment en observant les bouleversements de l’actualité et la prolifération incessante de fausses informations véhiculées par le Net. Cher lecteur, tu le sais, sur le blog des petits riens, j’aime m’attarder sur ces questionnements philosophiques qui surgissent au détour du quotidien. Ce sont parfois ces infimes détails – ces fameux « petits riens » – qui agissent comme des portes d’accès à des réflexions plus profondes. Alors, entre l’étonnement que suscite la question et la portée quasi vertigineuse de son contenu, je t’invite à plonger avec moi dans cette exploration : serait-il vraiment mieux que rien n’existe ?
Pour comprendre la radicalité de ce « rien », il me semble
essentiel de se tourner vers la pensée de Spinoza. Chez lui, chaque être est
animé par ce qu’il appelle le « conatus », c’est-à-dire un élan vital, une
force intrinsèque qui nous pousse à persévérer dans notre être. Le simple fait
d’imaginer l’univers vidé de toute substance, de toute existence, revient à
nier cette pulsion fondatrice. Nous perdrions alors l’étincelle de vie qui,
au-delà de l’instinct de survie, nous oriente vers la recherche de la joie et
de la connaissance. Spinoza nous rappelle que l’existence n’est pas un fait
figé, mais un processus continu d’expansion et de compréhension. À travers sa
philosophie, il nous invite à considérer que la vérité ne surgit pas telle une
illumination soudaine : elle se construit progressivement, patiemment, au gré
de la raison et de l’échange argumenté.
Or, si l’on regarde le monde contemporain, force est de
constater que le conatus spinoziste semble constamment mis à l’épreuve. Nous vivons
à une époque où les « opinions » se substituent parfois aux faits établis, où
le sensationnalisme se fait plus audible que l’analyse réfléchie. La
propagation de fake news, ces fausses informations colportées sur toute la planète
à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux, brouille nos repères et
crée parfois un profond sentiment d’impuissance. Il est facile, face à ce
déluge d’informations contradictoires, de sombrer dans le désenchantement et de
se demander si, finalement, il ne vaudrait pas mieux que rien ne soit. Mais
Spinoza, à l’inverse, nous exhorterait à renouer avec notre pouvoir de
compréhension et d’action. Loin d’être un luxe réservé à quelques érudits,
l’effort rationnel est à la portée de chacun de nous : il consiste à mettre en
doute, examiner et recouper ce qui nous parvient, afin de forger une
connaissance plus solide, plus partagée.
Cette exigence de lucidité ne doit cependant pas nous faire
oublier l’autre, c’est-à-dire la dimension relationnelle de notre existence.
Appelons en maintenant, si tu veux bien, à la philosophie d'Emmanuel Levinas, en recentrant le débat sur la question
éthique. Pour Levinas, l’existence n’est pas seulement un état de fait : elle
est un appel émanant d’autrui. Le visage de l’autre m’interpelle, me confronte
à ma propre responsabilité, et me rappelle que je ne me définis pas seul. Il y
a dans cette rencontre un appel à la transcendance, au dépassement de soi. Si
plus rien n’existait, nous serions certes débarrassés de toutes les
controverses politiques ou médiatiques. Plus de polémiques stériles sur
Internet, plus d'affrontements houleux autour du fact-checking… Mais nous perdrions
simultanément la possibilité de rencontrer autrui, d’entendre sa voix
singulière, d’entrer dans ce face-à-face qui m’oblige à répondre à ses besoins
et à sa soif de vérité. Exister, comme le dirait Levinas, c’est déjà répondre :
répondre aux questions qui me sont adressées, répondre aussi à la souffrance
qui se manifeste, et parfois même répondre aux dérives de la désinformation.
Dans ce contexte, le fact-checking apparaît non pas comme un
simple gadget technique, mais comme un outil crucial pour préserver la qualité
du lien social. Recouper les faits, vérifier les sources, clarifier les
contextes : autant de « petits riens », souvent perçus comme fastidieux ou
insignifiants, qui peuvent pourtant faire toute la différence. Ces gestes
minutieux, presque invisibles, permettent de retisser la confiance dans un
espace public fragilisé par la suspicion et le doute. Et c’est peut-être là que
se cache l’enjeu principal : en réhabilitant la parole exacte, en prenant soin
de sa fiabilité, nous faisons œuvre de respect mutuel. Dans un monde où le
mensonge peut se répandre à la vitesse d’un clic, il n’est pas exagéré de dire
que s’efforcer d’établir et de partager la vérité s’apparente à un acte de
résistance.
Mais alors, pourquoi toutes ces réflexions nous amèneraient elles à conclure qu’il ne vaut pas mieux que rien n’existe ? Tout simplement parce que, dans l’existence, même troublée par la confusion des faits et la multiplication des opinions trompeuses, persiste une potentialité créatrice : celle d’une véritable rencontre, d’une élaboration commune de sens , d’une joie partagée. Spinoza nous apprend qu’en comprenant mieux le monde, nous accroissons notre puissance d’agir et notre joie. Levinas nous rappelle que dans cette aventure, l’autre est toujours présent, et qu’il vient exiger de nous une réponse éthique. Sans existence, cette éthique disparaîtrait, emportant avec elle la possibilité de toute relation et de toute transcendance.
Bien sûr, je ne sous-estime pas la tentation nihiliste.
Parfois, la complexité du réel et la lassitude face aux innombrables dérives
médiatiques peuvent faire naître un sentiment de désespoir, voire un désir de
fuite. Il m’arrive moi-même de me surprendre à rêver d’un silence absolu, d’un
monde sans disputes ni dissonances. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser
qu’en perdant ces voix multiples, en perdant ce grondement permanent de la vie,
nous perdrions aussi ce qui la rend si précieuse : l’élan vital, la possibilité
d’apprendre, la responsabilité envers autrui, le plaisir de saisir un fragment
de vérité au milieu du chaos.
En fin de compte, souhaiter la non-existence reviendrait
donc à renoncer à notre humanité. Cette tension entre la
nécessité d’examiner le réel et la responsabilité que, en tant qu’être social,
j’ai envers l’autre est au cœur même de ce que signifie « être ». Notre quête
de sincérité et de sens n’est pas un long fleuve tranquille, elle est jalonnée
de zones d’ombre et de tromperies, de combats pour la vérité et de remises en
question incessantes. Mais ces « petits riens » du quotidien, qui paraissent
parfois insignifiants, sont précisément les occasions de redonner chair à
l’existence : un fait vérifié, une conversation honnête, un geste d’entraide,
un regard bienveillant.
Voilà pourquoi, à mes yeux, il est infiniment plus
enrichissant de se confronter à la complexité du réel que de la fuir. Nous
avons tout à gagner à honorer ce conatus spinoziste qui nous pousse à nous
élever par la connaissance, et à répondre à l’injonction éthique lévinassienne
qui nous rappelle que nous ne sommes pas seuls. L’existence, malgré ses
épreuves et ses imperfections, est porteuse de promesses. En y veillant
ensemble, en tissant des liens de confiance et en veillant à ce que la
recherche de la vérité demeure notre boussole commune, nous découvrons un sens
qui dépasse la simple somme de nos individualités.
Ainsi, en cette époque troublée, il me paraît plus que
jamais nécessaire de défendre l’existence - et d’y veiller avec soin,
jusque dans les plus infimes détails - des petits riens. Parce que dans ces « petits riens » se loge l’essence même de notre humanité, de notre pouvoir d’agir, et de notre
responsabilité les uns envers les autres. En définitive, souhaiter la
non-existence de tout reviendrait à renoncer à ce qui fait de nous des êtres spirituels : l’élan
vital cher à Spinoza et l’exigence éthique de Levinas. À mes yeux, et j’espère
aux tiens aussi, il est infiniment plus enrichissant de se confronter à la
complexité du réel que de la fuir. Parce que c’est en cela que réside
peut-être la promesse d’un monde où, si chacun pourra toujours librement exprimer son point de vue dans le respect de la parole de l’autre,
la recherche de la vérité demeurera notre boussole commune et partagée.
mardi 3 décembre 2024
Rien à comprendre
Tu comprends, toi ?
Le « front républicain »
: Expression d’un idéal ou stratagème politicien ?
Rappelons nous. L’été dernier, le "front républicain" était brandi par les hoplites de la bien-pensance comme
le bouclier d’Athéna contre la percée des spartiates d’une extrême droite
présentée comme l’ennemi absolu. La démocratie était en danger ! La morale
républicaine était portée comme un étendard. Ceux qui, la veille encore, se
déchiraient à coups de slogans acérés et de tweets délétères, trouvaient subitement un "intérêt supérieur et partagé" à défendre les "valeurs communes" devant la "menace brune".
Quel miracle ! Mais que reste-t-il de tout ça aujourd’hui ?
Barnier arrive. Le gouvernement
tangue sur l’adoption du budget de la Sécurité Sociale, et avec, en sous-main,
le positionnement tactique et les postures grotesques de ceux qui pensent demain pouvoir porter les couleurs de leur coterie à la magistrature suprême, l’intérêt partisan bien
compris reprend ses droits. La question n’est plus de "barrer la route au
RN", mais de jouer de sa présence en force sur les bancs de l'assemblée, de l’utiliser pour mieux déstabiliser un pouvoir jugé
incompatible avec les intérêts, pourtant totalement divergents de ceux qui s’accordent
à jouer le chaos pour des raisons purement tactiques. Les idéaux ? Aux
orties. Le front républicain ? Jeté aux oubliettes. La morale politique ? Un
ornement qu’on ne sort que pour les grandes occasions, mais qu’on abandonne dans les
couloirs du Palais Bourbon à la moindre turbulence. L’intérêt du pays ? Quoi ?...
Le parti, d'abord, pour le pays on verra !
Peut-être faut-il lire tout cela
à travers le prisme de la philosophie stoïcienne. À la manière d’Epictète,
rappelons nous : "Il ne dépend pas de toi de changer le monde, mais
bien de comprendre ce qui dépend de toi." Traduction : la
politique ne serait qu’un échiquier où les règles
changeraient selon les coups et les intérêts de chacun.
Et pourquoi pas en rire ? La classe politique française, si souvent décriée pour ses défauts, est, pour moi, une
inépuisable source d’absurde émerveillement. Imaginez : à gauche, on se
lamente sur l’état du pays et on écrit les pages d’un discours de censure qui
dénonce l’influence des idées populistes sur le gouvernement tout en faisant, de fait, alliance avec
l’extrême droite ; à droite, on agite la menace de la gauche tout en faisant
des ronds de jambe au RN qui, lui-même, ne répugne pas à voter avec l’extrême-gauche
honnie… Ah ! qu’ils seront beaux et fiers tous ces élus LFI et RN qui, debout pour célébrer leur triste victoire, applaudiront et éructeront de concert à la chute du gouvernement !
Vive la Quatrième !
La prochaine fois qu’on te parlera
de "front républicain", d’alliance improbable ou de censure morale,
pose toi cette question simple : suis-je un citoyen, libre de ses choix, ou
l’acteur involontaire et servile d’une mauvaise pièce de théâtre ?
Pour ma part, je choisis de sourire…
et d’écrire.