dimanche 1 février 2026

Plus rien désormais ne me résistera

"On devient harmonieux en se laissant gagner par le bonheur d'être heureux."
Bertrand Vergely*


Ce n’est pas une bravade.

Quand j'ose affirmer, ami lecteur, que plus rien désormais ne me résistera, je ne parle ni du monde ni des événements. Je parle de cette résistance intime, presque imperceptible, qui assombrit les jours ordinaires. Celle qui fait que tout pèse un peu trop, même quand, au fond, rien ne va vraiment mal.

Le malheur n’a pas toujours de visage. Souvent, il est une humeur. Une météo intérieure. Rien de spectaculaire, rien de tragique. Juste une manière de ne plus être au monde, de sacrifier à l'anxiété et aux démons qui hante notre fort intérieur, sans l’avoir choisie. Rien de tragique. Rien de spectaculaire. Juste cette impression que tout résiste : les gestes, les pensées, les heures. Toutes mauvaises, toutes mal-heures. 

Chez Blaise Pascal, le malheur ne vient pas d’abord de ce qui nous arrive, mais de ce qui nous agite. L’homme est inquiet, distrait, incapable de rester seul avec lui-même. Il se lève, s’affaire, se divertit. Non pour vivre mieux, mais pour combler le vide, ce vide existentiel devant lequel le vertige peut s'installer. Le malheur serait donc d'abord le fruit de notre agitation intérieure. De l’incapacité à demeurer en repos. De cette fuite permanente hors de soi.

L’homme s’agite pour ne pas sentir le vide. Il se divertit pour ne pas entendre le silence. Et peu à peu, sans s’en rendre compte, il se met à tout subir : son humeur, son impatience, son découragement. Le malheur n’est pas un drame. C’est une disposition. Une manière d’être au monde sans l’avoir choisie.

Le bonheur, lui, ne se présente jamais ainsi.

Il n’arrive pas par surprise.
Il ne s’impose pas.
Il ne force rien.

Si pour Blaise Pascal, la volonté est fragile, qu'elle doute, dans le même temps elle engage. Elle choisit une orientation. Comme dans le pari, il ne s’agit pas de savoir avec certitude, mais de se tenir quelque part. D’accepter de vivre sans garanties, mais pas sans direction.

J'ai eu le plaisir d'assister hier à une conférence du philosophe Bertrand Vergely sur le bonheur. Pas de recettes. Pas de promesses. Juste l'évocation d’une tenue intérieure. D’un choix discret, presque austère : cesser d’exiger de la vie qu’elle nous comble. Ne plus se poser jamais la question de la faisabilité du bonheur mais simplement l'accepter.

Alors plus rien désormais ne me résistera ne signifie pas que tout ira mieux mais bien autre chose.

Ne plus résister inutilement.
Ne plus laisser l’humeur décider à ma place.
Tenir, simplement.

Le bonheur n’est pas une exaltation.
C’est une fidélité. Une fidélité à cette simple manifestation de la volonté : ne pas se laisser entièrement gouverner par l’agitation intérieure. Rester là. Ne pas fuir. Ne pas exiger. Consentir.

Ainsi compris, le bonheur n’est pas l’opposé du malheur.
Il est ce qui empêche le malheur d'advenir et de régner en maître.

Le malheur est affaire d’humeur : il nous arrive.
Le bonheur est affaire de volonté : il se décide.

Ce petit rien-là peut, certains jours, suffire à lui seul à rendre la vie plus habitable.

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