lundi 26 octobre 2026

Rien n'est écrit d'avance

 « Le pire n’est pas toujours sûr. » 
Paul Claudel, Le Soulier de satin


Il est des dimanches, ami lecteur, où l’Histoire semble prendre un malin plaisir à démentir les oiseaux de mauvais augures.

Hier, au Brésil, Lula, devancé au premier tour, que l’on disait usé, fatigué, condamné à rendre les clés, a pourtant battu Flávio Bolsonaro, le candidat favori de Donald Trump, celui qui avait promis de gracier son père, condamné à 27 ans de prison pour une tentative de coup d'Etat. Une première : jamais, depuis le retour de la démocratie, un candidat distancé au premier tour n’avait remporté le second dans ce pays.

Ce même dimanche, à Belgrade, des étudiants qui battaient le pavé depuis deux ans contre la corruption et l'autoritarisme ont fait tomber l'allié de Poutine, Aleksandar Vučić. Pas par la violence. Par les urnes. Quatorze années de régime autoritaire balayées par une liste née de la rue, qui obtient la majorité absolue au parlement de Belgrade.

Deux continents. Deux histoires. Une même leçon.

A force d'idées reçues martelées sur les antennes des chaînes d'information continue, nous nous étions habitués, et pour certains d'entre nous résignés même à l’idée que le populisme était une marée montante, inexorable, contre laquelle il ne restait qu’à bâtir des digues de désolation. Les sondeurs prophétisaient, les commentateurs soupiraient, et nous, souvent, baissions les bras avant même d’avoir essayé de les lever.

Et puis voilà.

Le pire n’est jamais sûr. Il n’est qu'une probabilité parmi d'autres. Entre le probable et le certain demeure un espace ténu, fragile, un petit rien où se loge ce que l’on appelle, faute de mieux, la liberté. Celle de citoyens, d'électeurs, au Brésil comme en Serbie qui, un dimanche d’octobre, ont décidé que la fatalité pouvait attendre.

Rien n’est jamais acquis, certes. Mais rien n’est jamais perdu non plus. 

Non, rien n’est plié. Et le mauvais scénario d’un second tour qui, en France, opposerait une populiste de droite à un populiste de gauche n’est pas encore écrit.

Rien n'est jamais écrit. Et ce petit rien-là suffit, ce matin, à rendre le monde un peu plus habitable.

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