jeudi 1 mars 2018

Je n'en crois rien

"Rock is much better than it sometimes sounds!"


J'écoute aujourd'hui plus de Rock que je ne l'ai jamais fait. Je réalise chaque jour un peu plus, au mitan de la cinquantaine, que comme l'a si bien dit Picasso: "on met longtemps à devenir jeune"...

Lorsque l'on évoque le Rock, on pense immanquablement aux mythes fondateurs qui l'accompagnent et qu'a si bien su mettre en musique Ian Dury : le sexe, la drogue et les excès en tous genres de la jeunesse. Mais que peuvent bien revêtir les voiles du sexe, de la drogue et du Rock'n Roll sinon une voie d'interprétation du sens même de la vie ?
Il convient pour s'en convaincre de tirer le Rock des ténèbres des salles obscures pour l'éclairer de sa propre lumière.

La musique en général et le Rock en particulier peuvent être envisagés comme des véhicules permettant une forme d'initiation par la transgression, une libération progressive de l'esprit permettant, si ce n'est d'abolir, du moins de lever les voiles qui cachent à notre vision la réalité du monde. Au sens de l'aide qu'il peut apportée du dehors au travail intérieur dont résulte une forme de développement spirituel, le Rock fournirait alors le support à un mode d'accomplissement, au même titre que certaines voies initiatiques traditionnelles ou que certaines transes orphiques. Il suffirait, pour s'en convaincre, d'avoir expérimenté la manière d'"égrégore" que crée parfois, à l’occasion d'un concert, le choc émotionnel puissant d'une vibration partagée collectivement par une foule de spectateurs emportés par des rythmes et des sons issus du mariage de la musique et de l'électricité.

Le Rock peut nous éveiller à connaître la vérité sur les choses et, en passant de l'illusion du sensible à la connaissance intelligible, à réaliser que tout est déjà ici et maintenant, à construire la vie pour la vie, en acceptant que l'existence ne vaut que par la douceur même de la vie.

A titre d'illustration, on peut citer "Are you experienced ?" (qu'on peut traduire littéralement par "êtes-vous initié ?") de Jimi Hendrix. Avec ce  titre qui conclut l'album éponyme de 1967, le génial guitariste abordait la question même de l'initiation par la lumière dans une narration qui se rapproche de l'allégorie de la sortie de la caverne de Platon*. Il nous enseigne que le Rock peut être une musique libératoire en ce sens qu'elle libère du conformisme social, de la pensée étriquée et formatée, qu'elle élève, bien au-dessus des opinions toutes faites, des dogmes et de l'obscurité de l'ignorance et, sollicitant l'imaginaire le plus débridé, permet l'accession à une lumière d'ordre philosophique, à une vision vraie qui montre le réel tel qu'il est et qui permet d'affirmer que si le monde existe c'est bien dans le regard éclairé que nous portons sur lui.

Le Rock comme une clef lumineuse qui intimerait mystérieusement à l'univers l'ordre d'être beau et ouvrirait, au-delà du monde sensible, la secrète porte de celui des idées.

On dit parfois que le Rock est une musique nihiliste. Je n'en crois rien.


* Pour en savoir plus : Rock'n philo -Vol. II de F. Métivier - Poche 2016

jeudi 25 janvier 2018

Se méfier des mots, se défier des maux


Les mots peuvent susciter l'émotion, faire pleurer, rire... Même impersonnelle, l'écriture ne se situe jamais, à aucun moment, en dehors de la vie. Si l'émotion de l'écriture ne saurait se résumer au fruit artificiel d’une rencontre entre l'écrivain et son art, elle résulte plus sûrement de la confrontation de l'émotion de l'écrivain avec celle du lecteur qui, au-delà de leurs perceptions personnelles, font l'expérience d'un partage unique médiatisé par les mots.

Si le but de l'écriture consiste - selon Deleuze - à porter la vie à l'état d'une puissance non personnelle, il faut savoir se méfier des mots eux-même. 

L'existence d'un mot, même bon - surtout bon - peut tuer plus sûrement que les maux de l'existence dont on se défie tant. 

vendredi 24 novembre 2017

Rien n'est moins certain

On dit souvent que, si le silence est d'or, la parole est d'argent. 

Mais après tout, le silence est-il  aussi vertueux que la sagesse populaire veut bien nous l'enseigner ?

Je connais de fieffés imbéciles dont le silence cache la bêtise et de parfaits abrutis qui, lorsqu'ils l'ouvrent, ne peuvent s'empêcher de dire beaucoup de conneries... 

S'il ne suffit pas de maîtriser l'art oratoire pour tenir des propos intelligents, une éloquence mal maîtrisée vaudra, à mes yeux, toujours mieux  que le silence qui n'est pas toujours emprunt de sagesse, n'en déplaise à Lao Tseu et Euripide, et peut même, dans certains cas, offrir un voile pratique pour masquer l'ignorance. N'oublions jamais que le verbe est au commencement de toute chose et qu'une parole, même imparfaite, même vide, luttera contre l'angoisse en remplissant l'espace bien mieux qu'un pesant silence.

Je crois pour ma part que lorsqu'on en dit, les mots en disent bien plus que l'absence de mots ne dira jamais. Alors faut-il mieux se taire plutôt que parler, même lorsqu'on a rien à dire ? Rien n'est moins certain.

mercredi 25 octobre 2017

Absence. Il n'y a rien.

"Je ne suis rien. Je le sais. Mais je compose avec un petit morceau de tout."
Victor Hugo

En cas d’absence, c’est que je ne suis pas là.
Si tu n'es pas là non plus, alors il n’y a personne.
Ne m’appelle pas, je n’ai plus de téléphone et, de toute façon, si j’en avais un,
je ne répondrais pas.
Tu peux tout faire, on a beau faire, rien ne vaut la peine de rien.
Nous sommes nous et nous ne sommes pas nous. Nous ne sommes rien.
Il n'y a rien à attendre. Rien est un absolu.
Je ne te salue pas, tu n'es pas là. Moi non plus d'ailleurs.
Il n'y a rien. C'est tout.