mercredi 17 décembre 2025

Rien n'éclaire celui qui ne se souvient pas de la nuit

Certains soirs, la lumière vacille.

Non pas celle des lampadaires qui éclairent nos rues ou des guirlandes qui scintillent aux branches des sapins de Noël, mais cette lumière plus fragile encore, celle que l’on allume pour se souvenir qu'on ne saurait résumer l’homme à un simple animal inquiet.

À Sydney, une flamme de Hanoukah a été prise pour cible. Ailleurs, hier encore, des marchés de Noël ont été frappés, là même où l’on venait acheter du vin chaud, un santon, un peu de chaleur humaine. Toujours le même geste : Eteindre la lumière, parce qu’elle éclaire, qu'elle rassemble, parce qu’elle dit aussi silencieusement que la vie est là et qu'elle continue, malgré tout.

Il y a quelques semaines, nous commémorions le dixième anniversaire des attentats sanglants qui endeuillèrent Paris. Certains voudraient tourner la page, oublier, en croyant que l'oubli guérit tout. D'autres aujourd'hui détournent le regard. Pour ne plus voir les ténèbres, en se disant qu'elles ne sont que le fruit de folies isolées, de parenthèses sanglantes, des accidents à l'échelle de l'Histoire. Mais l’oubli, en ces matières, n'entraîne qu'une nuit plus épaisse encore. Celui qui nie l’ombre finit toujours par croire que la lumière lui est due, qu’elle va de soi, qu’elle est acquise, que rien ne pourra l'atteindre.

La vraie lumière n’est pas naïve. Elle sait d’où elle vient. Elle se souvient du noir, du froid, de la souffrance et de la peur. Elle n’éclaire pas pour effacer les ténèbres, mais pour les tenir à distance, volontairement, obstinément.

Et peut-être est-ce là notre responsabilité la plus simple, et la plus exigeante à la fois : ne pas céder à l’illusion d’un monde définitivement éclairé. Accepter que la lumière ne soit jamais un état, mais la conséquence de gestes répétés, fragiles, recommencés chaque jour. La protéger sans la sacraliser, la transmettre sans arrogance, en sachant qu’elle peut vaciller à tout instant. Car la lumière qui dure n’est pas celle qui aveugle, mais celle qui se souvient, et qui éclaire juste assez pour continuer à marcher. Seul celui qui n’oublie jamais les ténèbres qui l’entourent connaît la Vraie Lumière.