jeudi 3 avril 2014

Tout changer pour que rien ne change

La mère des enfants de notre républicain monarque s'apprête, en star revancharde et auto-proclamée, à  retrouver  - vingt-deux ans presque jour pour jour après sa première nomination au ministère de l'environnement - les rangs du Conseil des ministres où elle siégera, chaque mercredi matin, aux côtés de son présidentiel ex. "Laisse aller, me glisse l'un de mes amis, c'est une valse!" Référence, pas aussi innocente qu'il n'y paraît, à une comédie policière de Georges Lautner ou mauvais jeu de mot faisant écho au nom du nouveau Chef du Gouvernement ?
22 ans après... retour à l'Elysée


Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour Valérie Trierweiller qui, elle, n'aura plus guère le loisir de venir à l’Élysée. Il n'y a qu'en France qu'on peut voir çà. Et même les plus allumés des scénaristes de "House of cards" n'auraient pas osé imaginer les rebondissements d'un tel vaudeville à la tête de l’État.

En bon citoyen de notre chère République, je croyais benoîtement que les affaires de coucheries et les commentaires qu’elles pouvaient susciter, étaient l'apanage exclusif de la toile ou de certains tabloïds nauséabonds d'outre-manche. Et que c'était là sans doute un autre trait de cette influence anglo-saxonne sur le pays gaulois que désormais il est un sport national de savoir qui partage ses nuits avec qui ; ou plus exactement qui est supposé avoir couché avec qui ? Et puis, je me suis dit qu'après tout, ce n'était pas non plus sans rappeler ces libelles qui s'en prenaient violemment aux mœurs de la Cour et qui circulaient sous le manteau dans le Paris pré révolutionnaire. Aujourd'hui les courriels ont suppléé les gazettes et les samizdats. Les bruits les plus fous courent le Net et les salles de rédaction... Au même moment, le chômage poursuit inexorablement sa courbe ascendante à l’image du déficit budgétaire d’un État de plus en plus impécunieux. Les admonestations européennes, la Bérezina des élections municipales et la colère qui gronde chez nos concitoyens n'y changent rien.  Avec 14 ministres reconduits sur 16, Frankie Dutch nous a concocté un petit - tout petit - remaniement, annonciateur aux yeux des plus ultra de ses soutiens, de grands reniements. "Un Gouvernement resserré pour une majorité rétrécie" comme l'a si justement dit un dirigeant écologiste. Curieuses mœurs politiques que celles de notre pays où, quand ils en ont marre de leur président, les électeurs votent contre leur maire pour finalement changer de premier ministre!

Alors, nos - pas vraiment - nouveaux (!) ministres déjà fatigués et encore déboussolés par une défaite historique de leur camp voient le peu de légitimité et de pouvoir qui leur restaient encore rognés par les conséquences de la déroute et les désillusions consécutives à la difficile formation du Gouvernement Valls.  Les technocrates qui dirigent réellement les administrations se disent qu'après tout les européennes et leur nouveau revers annoncé pour le parti du pouvoir ne sont pas loin, et qu'après les européennes... quelques mois gagnés pour les uns, quelques mois perdus pour la France.

On voudrait nous faire croire que tout change, pour que surtout rien ne change.


vendredi 28 mars 2014

Un rien compliqué...

Frankie Dutch a le blues... Cette semaine, rien ne marche comme il le voudrait. Rien!


Même l’étatique  visite de l'empereur de Cathay et ses mirifiques contrats annoncés n'auront suscité que courroux et colère chez nos concitoyens parisiens. En effet, encouragés sans doute par l'expérience de lutte - peu concluante au demeurant - contre la pollution de notre capitale atmosphère, les grands penseurs du pouvoir en place n'ont rien trouvé mieux que de reproduire cette semaine la farce de la circulation alternée : Places fermées, rues bloquées, stations de métro aux portes restées désespérément closes... Seuls les véhicules de la délégation officielle chinoise étaient autorisés à rouler dans Paris. On me dira que c'est un bien mince prix à payer en échange des promesses de contras engrangés, si l'on croit les gazetiers largement inspirés par quelques communicants du palais.

Dans "Les chinois à paris", Jean Yanne imaginait - il y a 40 ans! - qu'après nous avoir envahis, et réalisant que les Français étaient "les plus grands fumistes du monde", les autorités d'occupation prévoyaient de confier, dans le cadre de la planification socialiste de la production, à nos compatriotes la charge de fabriquer des tuyaux de poêle. De tuyaux, ni de poêle d'ailleurs, nous n'en fabriquons plus guère mais pour le reste...
 
Personne ne pouvait imaginer en 1974 que des tycoons venus de Shanghai ou de Canton auraient un jour l'idée saugrenue d'investir en France, ni sans doute que s'épanouiraient à chaque coin de rue de nos grandes villes, et pour la plus grande satisfaction des nostalgiques des maisons closes, des "salons de massage" chinois...(cela aurait sans doute aucun beaucoup plu à Yanne qui, étant par ailleurs l'auteur de l'hymne éternel "Ah rouvrez les maisons", avait imaginé, lui, que le pays sous administration chinoise se couvrait de joyeux bordeaux dont la fréquentation assidue finissait par rapidement épuiser l'envahisseur).

Ce ne sont pas les armées d'occupation brandissant le petit livre rouge qui sont aujourd'hui redoutées mais bien plutôt les investisseurs chinois, à qui on déroule le tapis rouge, qui sont encouragés.  Dès lors fallait-il bien un château d'Yquem et un Lafitte-Rotschild pour faire passer la pilule à certaines excellences de l'actuel Gouvernement et, un instant, leur permettre d'oublier - sans même parler du Tibet - le revers sans précédent attendu aux élections municipales, le casse-tête d'un remaniement ministériel désormais inéluctable et les tracas d'une courbe du chômage qui ne s'inverse toujours pas...  Drôle de République régicide qui offre au successeur de Mao, chef d'un État à la démocratie pour le moins centralisée, un traitement digne des fastes du Roi Soleil ! Sans doute est-cela la République "normale"?

Paraphrasant, de manière un peu surréaliste, le regretté Pierre Desproges, je conclurai mon billet du jour en affirmant, cher lecteur, que la philosophie politique de notre Président se résume souvent à essayer de ne pas vivre en contradiction avec les idées qu'il ne partage pas. C'est d'une chinoiserie un rien compliqué, mais tout ça est tellement normal...


jeudi 20 mars 2014

Nul n'en saura jamais rien

A la fin de la semaine dernière, pour la première fois de ma vie, j'ai ressenti physiquement les effets de la pollution. Pour la première fois j'ai eu du mal à trouver dans l'air qui m'entourait l'oxygène si nécessaire à ma vie. Pourtant, ami lecteur, je t'assure que la soupe chimique qu'il m'est arrivé de respirer à Cracovie du début des années 90 - lorsque les proches aciéries de Nowa Huta donnaient encore à plein rendement - n'avait rien à envier à la très sulfureuse atmosphère du Beijing d'aujourd'hui.

D'augustes pédagogues m'avaient autrefois enseigné que l'air que nous respirions était composé  d'azote, d'oxygène, de gaz rares (en infime quantité) mais aussi de dioxyde de carbone, de méthane et autre ozone. La semaine passée, j'avais tout bonnement le sentiment de remplir mes poumons de merde. Alors je sais, on va m'objecter que je suis un pollueur et, une fois de plus, le méchant mâle occidental devra faire son acte de contrition et s'excuser de vivre encore. J'ai déjà  ici écrit (cf. ma chronique du 13 janvier 2013) à quel point la conduite de ma voiture automobile était pour moi le gage  toujours pleinement assumé d'une liberté individuelle revendiquée. Lundi, pour lutter contre les effets de la pollution, nos illustres gouvernants n'ont rien trouver d'autre que de me demander de laisser mon véhicule au garage.

Ayant eu la malchance de tirer, au grand loto du répertoire des immatriculations, un numéro se terminant par le chiffre 2, pour moi ce jour là fut synonyme de "pair et manque". Alors comme tant d'autres de mes contemporains, j'ai laissé mon auto au garage et j'ai marché, au prix d'une activité physique qui m'était pourtant formellement déconseillée par la Faculté. Paradoxal paradoxe.

A l'image de trop nombreuses et malheureuses initiatives de cette majorité, même cette mesure prise dans l'urgence par un Gouvernement totalement désemparé l'aura été à contretemps. Cinéma et agitation médiatique à quelques jours du premier tour des municipales... Ce n'est pas une opération de diversion encore une fois tout entière tournée contre la liberté de beaucoup de nos concitoyens qui allait améliorer les choses. Le pic de pollution était, de l'avis même des experts, déjà derrière nous.

Pour assainir notre environnement, ce n'est pas d'un mauvais usage alterné dont la France aurait grand besoin, mais d'une bonne alternance. Un hebdomadaire a choisi de ne pas publier au début du mois un sondage plaçant, sans pour autant aller jusqu'à "souhaiter son retour", DSK en tête des personnalités politiques qui  "pourraient faire mieux que François Hollande " (sic!) pour diriger la France. Un spécialiste des parties de cul fines auraient-ils mieux été qualifié pour engager la lutte contre les particules fines ? Nul n'en saura jamais rien.







dimanche 27 octobre 2013

Celui qui n'attend rien fait-il bien ? (Bis)

Soirée d'été, il est un peu tard. Demain nous quitterons la Corse. Un dernier verre avec Véronique, Seb, Zach et Wlad chez Tao, au cœur de la citadelle de Calvi. 

Soudain, alors que rien ne l'annonçait, nous allions vivre une séance de nostalgie rétro-futuriste à l'occasion d'un bœuf improvisé et inattendu d'Izia et Jacques Higelin répondant à l'invite de Tao-By.

Alors que le grand Jacques attaque seul au piano les premières notes de Banlieue Boogie Blues, les paroles de la chanson me reviennent « Parti de rien...T'as toutes les chances d'arriver nulle part »(*).

Jacques et Izia Higelin, boeuf chez Tao, août 2013


Alors je suis de nouveau l'adolescent d’Antony, ce lycéen de 1ère B bleue à qui son professeur d'économie, et professeur principal, promettait une "brillante carrière"... Que pouvait-il bien en savoir? Et quel drôle d'oracle cet adulte fort de son statut a-il fait lourdement peser sur les épaules du gamin de seize ans que j'étais. 

Bien loin de ces propos définitifs (!), en ce soir d'été 2013, je suis bien. Les garçons me regardent, un peu étonnés par mon enthousiasme, surpris même que je connaisse ce chanteur, cet air, ces paroles qui ne leur évoquent rien. Tout me revient, les mots sont là, ils coulent et je chante en chœur avec le chanteur. Je me paie même le luxe de souffler au vieil auteur-interprète à la voix cassée des paroles que le Libecciu qui souffle sur la Balagne a du emporter au large, vers le continent, loin de sa mémoire. Si en écoutant son disque dans ma chambre de la rue du Nord j'avais pensé qu'un jour je pourrais chanter avec lui...

 « Rien, je ne veux rien...
Rien, je n'attends rien du tout...
Et qui sait… » (**)

(*) Banlieue Boogie Blues - Jacques Higelin - No man's land - 1978; (**) Rien - Jacques Higelin - Alertez les bébés - 1976

vendredi 25 octobre 2013

Celui qui n'attend rien fait-il bien?

Celui qui n'attend rien fait bien. En lisant cette phrase au détour de ma lecture matinale, je perçois une forme de catéchisme pessimiste au premier abord séduisant. Pour autant, celui qui attend tout a t-il vraiment tort?  C'est une question que je me suis souvent posé.

N'espérant rien de bon - Jamais! -  j'avais, jusqu'à une période récente, tendance à considérer que cette posture ne pourrait me réserver que de, bien que rares, bonnes surprises. Il n'en fut rien.

Il y a maintenant de nombreuses années (et donc, tu me l'accorderas cher lecteur, prescription!...) je séjournais pour la toute première fois au royaume du Siam. La tête pleine des souvenirs émus de quelques "lectures" adolescentes (je fais ici référence aux œuvres immortelles d'Emmanuelle Arsan et de Gérard de Villiers...), j'abordais ce court séjour comme une aventure sensuelle et j'espérais connaître - enfin!- la  torride langueur des émois exotiques. Mais en fait d'émotion j'ai ressenti, dès la descente du taxi qui me déposait devant le Grand Hyatt Bangkok, une impression de malaise mêlée de dégoût. A peine avions-nous posé le pied par terre que des agents recruteurs aux gestes très explicites nous proposaient, photos très crues à l'appui, la farandole des plaisirs défendus dans un bouge proche. Était-ce l'effet des 11 heures 15 de vol, du décalage horaire ou le choc thermique, mais j'ai immédiatement été pris de nausée... 

Pourtant, le soir venu, après un délicieux repas partagé dans le jardin tropical d'un restaurant vietnamien proche de l'hôtel, une fois rentré dans ma chambre, je n'ai pas résisté à la tentation (désir de chair, cher désir...) de composer le numéro qui figurait en gras sur de suggestives affichettes de "room service" disposées savamment sur la table de nuit, dans la salle de bains et même au dos de la porte des toilettes, pour le cas où un client distrait les aurait manquées. A peine avais je raccroché qu'une mama-san est venue frapper à ma porte pour me proposer les services d'une jeune femme à la mise pas très sage dans sa petite robe trop courte pour être vraiment traditionnelle... Une douche pour moi, un lavage en règle des pieds pour elle et me voilà allongé sur le King-size bed de ma Deluxe room palacière.

Après quarante-cinq minutes d'un très agréable massage aux vertus toutes relaxantes, l'experte manipulatrice me proposait, en échange d'une rallonge de 1000 bahts  un "body-body... Safe, sir... Hand sex only!" aux excitantes promesses. A ce moment précis la nausée m'a repris, et malgré la sensuelle présence de cette jeune femme exotique assise sur mes cuisses dont les mains huilées frôlaient - bien accidentellement (!) - la partie la plus intime de mon anatomie, malgré le trouble érotisme de la situation, je l'ai remerciée et congédiée. J'ai rarement lu une telle incompréhension ni un tel étonnement dans le regard d'un interlocuteur. Mais sans insister, sans poser de question, elle est repassée par la salle de bain, s'est rechaussée rapidement puis elle a quitté la chambre comme elle était venue, sans un mot. 

Quelques minutes plus tard, la sonnerie du téléphone me surprit dans mon premier sommeil. La mama-san très ennuyée appelait pour s'excuser, me demandant ce qui m'avait déplu et me proposant les services d'une autre de ses masseuses. Je n'eus pas le cran de lui dire que la proposition et l'idée même de pouvoir jouir de cette façon m'avait écœurée au point de m'ôter tout désir. En fantasmant ce voyage et cette situation, j'avais eu le tort d'en trop attendre et j'en avais nourri un réel dégoût qui, encore aujourd'hui quand j'y repense, me soulève le cœur.